Dimanche 15 mars 2009
La dernière étude réalisée par la DRESS le montre une fois de plus. Le déficit démographique que connaît actuellement la médecine générale va empirer. A tel
point que le niveau que nous connaissons aujourd'hui, déjà notoirement insuffisant dans certaines régions, ne sera à nouveau atteint qu'en... 2030!
D'ici là, l'incertitude demeure quant à l'accès aux soins dans nos campagnes.
D'ici là, l'incertitude demeure quant à l'accès aux soins dans nos campagnes.
La question se pose ainsi : nous manquons, ou nous allons manquer de médecins généralistes dans de nombreuses zones de notre territoire. Dans le même temps,
il semble y avoir un trop plein de ces mêmes médecins dans d'autres zones. Dès lors, comment équilibrer les choses?
La réponse, si simple au premier abord, est la suivante : obligeons les jeunes médecins à s'installer, dans leur propre intérêt comme dans celui des patients, dans ces zones où les
patients ont besoin de médecins et où par conséquent le travail ne manque pas.
Malheureusement, une telle politique est d'ors et déjà vouée à l'échec.
L'exemple du Canada, qui au début des années 2000, a connu un phénomène similaire et a appliqué ces mêmes mesures coercitives, montre que, les mêmes causes
produisant les mêmes effets, l'échec sera au rendez-vous ici comme il l'a été là-bas.
Que s'est-il passé de l'autre côté de l'Atlantique?
Pour échapper à ces nouvelles contraintes qui leurs étaient imposées, les étudiants ont cherché tous les moyens possibles pour s'y soustraire. Le plus
simple était de ne pas choisir les spécialités concernées. Et même lorsque c'était impossible ou trop tard pour changer de spécialité, ils ont préféré choisir un mode
d'exercice différent (en hôpital, dans certaines entreprises, dans les écoles...certains ont même renoncé à exercer leur métier) et, ne s'installant plus, ont finalement
considérablement aggravé les déficits déjà existants.
En France, voilà ce que arrivera si on veut contraindre ainsi les étudiants : la médecine générale, déjà peu prisée des étudiants (plus de
3000 postes non pourvus depuis 2004), va voir lui échapper un grand nombre d'étudiants. D'autre part, les modes d'exercice pour un jeune diplômé de médecine générale sont
extrèmement nombreux. Les postes à pourvoir dans les hôpitaux sont légions, même constat pour les PMI, la médecine scolaire, les soins de suite... autant de domaines loin des
campagnes et de la médecine de proximité que l'on voudrait revaloriser.
Enfin, les actuelles promotions d'étudiants en médecine sont composées de 70 à 80% de femmes. Très naturellement, et ce n'est pas leur faire injure,
ces dernières opteront plus facilement pour un exercice salarié (souvent à temps partiel) proche de chez elles, que pour un exercice contraint dans une zone qu'elles n'auront pas
choisie.
Des solutions beaucoup plus efficaces pourraient être prises. Et tout d'abord faire connaitre la médecine générale aux étudiants,
en leur proposant de vrais stages à un moment de leurs études où ils peuvent réellement s'impliquer dans les consultations et non être de simples spectateurs passifs.
Il faut également que la médecine générale accède pleinement de son nouveau statut de spécialité, et bénéficie à ce titre d'un enseignement spécifique durant le second
cycle des études médicales.
Concernant l'installation même des jeunes médecins dans les zones à faible densité médicale, tâchons de répondre à leurs inquiétudes : pénibilité liée aux grandes
distances à parcourir, horaires extensibles, éloignement des centres d'urgences, difficultés d'accès aux spécialistes, peur de l'exercice solitaire...
Les pôles de santé pluridisciplinaires doivent être soutenus très fortement, mais pas seulement sous l'angle de la réunion en un même lieu de médecins généralistes et
de paramédicaux. Il faut également que dans les zones éloignées, soit négocié avec les spécialistes des heures de consultation de ces derniers au sein des pôles de santé des zones
déficitaires, ainsi qu'une grille de référents (par canton par exemple) pour répondre aux interrogations des médecins exerçant loin des grands ensembles.
Gageons que l'esprit de la loi HPST, qui va dans ce sens, sera respectée lors de sa lecture au Sénat...
Il faut entendre les craintes des jeunes médecins, qui ne sont ni des fainéants, ni des nantis. Ils veulent que l'on prenne conscience que la médecine générale ne
sera plus exercée comme celle de nos pères, et que notre société doit les aider à donner le meilleurs d'eux-mêmes, au service de notre santé, dans les meilleurs conditions possibles.
Par Edouard de Germay
-
Publié dans : Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Derniers Commentaires